Du parlement à la rue : la symbolique du drapeau

 C’est tout d’abord au sein des lieux institutionnels que la question du drapeau se montre particulièrement délicate. Ainsi, en novembre 2012, le parlement québécois a été le théâtre d’un vif débat sur la question : le drapeau canadien n’y est normalement présent qu’en un seul endroit, la salle du conseil législatif. Or, le nouveau gouvernement de Pauline Marois, élue le 4 septembre 2012 et issue du Parti Québécois – parti souverainiste - a annoncé son intention de le faire retirer, au profit du seul drapeau québécois. Cette décision a provoqué de vives protestations de la part du Parti Libéral : ce retrait a été décrié comme un manque de respect de la volonté des Québécois qui, par le référendum de 1995, ont choisi de rester membre de la fédération canadienne. Le maintien du drapeau canadien dans la salle du conseil législatif a ensuite été décidé par vote en décembre 2012. Cet exemple montre à quel point un simple drapeau peut illustrer à lui-seul toute la complexité du débat politique québécois.

Au-delà du cas du parlement, on peut faire la même constatation pour tous les organes politiques et les instances officielles de Québec. Ainsi, partout où un drapeau canadien est nécessaire, sur un panneau officiel par exemple, un drapeau québécois l’accompagne, comme pour rappeler le particularisme de la province. Ainsi, la fleur de lys ne cède jamais le pas à la feuille d’érable.

 

Le bleu du drapeau québécois, et le rouge du drapeau canadien : panneaux dans une rue en réaménagement (Source : D. Besnard-Javaudin)

 

Mais l’affrontement par les drapeaux dépasse de loin la sphère politique. En effet, c’est un phénomène que l’on retrouve partout dans la ville, où le drapeau québécois est omniprésent, et ce à toutes les échelles. Même les acteurs locaux s’en mêlent : Ainsi, les commerces et magasins de souvenirs utilisent largement le thème de la fleur de lys sur leurs enseignes, et le drapeau bleu flotte un peu partout dans le centre du vieux Québec.

L’affirmation d’une identité et d’une culture québécoises, façonnées dans la résistance à l’Etat canadien, s’élargit parfois en un duel entre francophones et anglophones. Or, ce duel s’exprime aussi par l’intermédiaire des drapeaux, ce qui amène parfois à des situations qui prêtent à sourire. Ainsi, au 1087 de la rue Saint-Jean, dans le centre de Québec, on trouve le pub Saint-Alexandre, pub de tradition anglaise, annoncé par des drapeaux britanniques, tandis qu’à quelques maisons, au numéro 1063, le « Bistrot Plus », qui n’a pourtant rien d’un bar traditionnel québécois, répond faisant flotter au vent ses drapeaux bleus fleurdelisés.

 

 Source : D. Besnard-Javaudin

On observe donc qu’à Québec, les débats autour de l’identité québécoise et son affirmation contre une culture canadienne et anglophone peuvent s’incarner dans l’utilisation des drapeaux. Le cas du parc des Plaines d’Abraham en est une illustration flagrante.