Deux projets de nouvelles centralités métropolitaines

 Deux projets de centralité issus de deux temporalités différentes 

Les deux projets sont caractérisés par des temporalités différentes. Le projet de la Part-Dieu est né dans les années 1960 et se poursuit aujourd’hui à travers le Grand Projet 2020. Lyon Confluence, élaboré dans les années 2000, est beaucoup plus récent. Ainsi, les deux projets s’inscrivent dans des contextes de l’urbanisme différents : alors que la Part-Dieu est né dans le contexte de l’urbanisme fonctionnaliste, Confluence s’inscrit davantage dans celui de l’urbanisme “durable”.

Part Dieu : le renforcement d’un centre impulsé dans les années 1960

Le projet de la Part-Dieu a été impulsé dans les années 1965, suite à l’acquisition des terrains de la caserne par la ville de Lyon et au lancement de la politique des métropoles d’équilibre. Le quartier de la Part-Dieu devait constituer le nouveau centre de la métropole d’équilibre lyonnaise. Il devait être un centre décisionnel, symbole de l’ancrage de la ville dans la modernité. Cependant, le projet initial a connu beaucoup de modifications : suppression puis retour de la gare TGV en 1983, abandon de la dominante culturelle et administrative au profit de la fonction économique, agrandissement du centre commercial, etc. Aujourd’hui, trois éléments marquants caractérisent le quartier : la gare TGV, le centre commercial et la tour crayon, emblème de la fonction économique du quartier mais aussi de l’urbanisme moderne. En effet, l’urbanisme fonctionnaliste est caractéristique du quartier comme le montrent la dalle, la séparation des circulations automobiles et piétonnes et l’architecture moderne.
Aujourd’hui, la Part-Dieu connaît un nouveau projet. Le Grand Projet 2020, lancé en 2010 par le Grand Lyon, s’inscrit à la fois en rupture et en continuité des projets précédents. Il vise à ouvrir le quartier sur l’extérieur en composant avec l’héritage de l’urbanisme de dalle et à renforcer la centralité de la Part-Dieu, en en faisant un centre d’affaires européen.

Confluence : la naissance d’un centre sur un espace en friches

A la différence de la Part-Dieu, la Confluence constitue un projet de régénération urbaine. Lancé en 1999 avec la création de la Société d’aménagement Lyon Confluence, le projet prévoit la création d’une nouvelle centralité sur les friches du bout de la Presqu’île, à la confluence entre le Rhône et la Saône. Cette centralité nouvelle est aussi le prolongement du centre historique au-delà de la gare de Perrache qui constitue une importante coupure urbain et sépare la presqu’île en deux parties, le Nord et le Sud.
La Confluence, vaste espace de friches en centre-ville de l’agglomération lyonnaise, représente une opportunité foncière pour développer un projet de renouvellement urbain et limiter l’étalement urbain en “faisant la ville sur la ville”. Le projet Lyon Confluence suit ainsi les principes directeurs de l’urbanisme depuis les lois SRU et Grenelle : densification, développement durable et renouvellement urbain.

Deux situations géographiques différentes

La situation géographique de ces deux projets est révélatrice de leurs différences de temporalité et d’objectifs. La Part-Dieu s’inscrit dans l’axe de développement Est-Ouest de l’agglomération lyonnaise. Celui-ci correspond au déplacement historique du centre-ville : de la ville gallo-romaine de Fourvière à la ville classique de la presqu’île et à la ville contemporaine de la Part-Dieu ; du centre religieux au centre économique. Il s’inscrit dans un mouvement d’extension de la ville. Au contraire, Lyon Confluence s’inscrit dans l’axe de développement Nord-Sud de l’agglomération. Ce mouvement, plus récent, ne constitue pas un mouvement d’extension mais un mouvement de renouvellement urbain des friches industrielles et logistiques. La régénération urbaine des quartiers issus de la période industrielle comme la Confluence mais aussi Gerland est emblématique de ce mouvement.

Légende : situation des deux projets. Réalisation personnelle sous Inkscape

Deux types de centres

Un centre ne se définit pas par sa position dans la ville, mais par sa faculté à polariser les activités et les hommes. Néanmoins, le terme de “centre” se voit souvent suivi d’un adjectif précisant la nature de ce centre : “centre historique”, “centre économique”, “centre financier”,... Ainsi, la Part Dieu et Confluence veulent constituer deux centres, mais ce sont deux centres assez différenciés. Toujours est-il qu’on peut trouver des constantes dans la notion de centre. Le centre est le lieu du pouvoir, qu’il soit politique, administratif ou économique. Un centre se caractérise également par une “vie” économique et sociale développée : il est un lieu concentrant des activités économiques et un lieu de vie pour les citadins, qui le fréquentent pour y habiter, travailler, consommer ou se divertir. Ainsi, la mixité fonctionnelle y est de mise. Enfin, le centre est aussi un espace marqué par des symboles architecturaux, telle la Grande Arche de la Défense.

Deux conceptions différentes de la centralité, mais une mixité fonctionnelle dans les deux cas

La Part Dieu est à l’origine conçue pour être un centre économique, un centre d’affaires, le pendant lyonnais de la Défense, dans le cadre de la politique des métropoles d’équilibre, lancée en 1964. Cette centralité se voit instantanément dans le paysage : le quartier est marqué par les immeubles de bureaux et les gratte-ciels (tour Part-Dieu (“le Crayon”), tour Oxygène) abritant le siège de banques (Crédit Lyonnais), de compagnies d’assurance (Swiss Life) ou d’entreprises semi-publiques (SNCF, EDF-GDF). La Part-Dieu est donc vraiment conçue comme un centre tertiaire décisionnel, à l’échelle régionale et européenne. En témoigne le nombre d’hôtels ayant pour vocation d’héberger les hommes d’affaires arrivant à la gare de la Part-Dieu. Si les fonctions économiques dominent le quartier concentre également des fonctions culturelles (bibliothèque, auditorium). Enfin, un des éléments principaux du quartier est le grand centre commercial, à la fois lieu de consommation et de récréation.

A l’inverse, Confluence est davantage conçu comme un quartier de vie, d’habitation. La conception de la centralité y est différente. Si Confluence doit être un centre à l’échelle de l’agglomération, c’est parce qu’il doit attirer de nouveaux habitants pour permettre une redensification de l’habitat dans Lyon même et éviter l’étalement urbain en banlieue. Le quartier vise donc à constituer un centre-ville traditionnel, c’est-à-dire, un espace marqué par la fonction résidentielle. Cependant, la centralité ne joue pas que pour la concentration d’habitants. Confluence a aussi la vocation de devenir un centre de services, plus précisément de services culturels et de loisirs. Au niveau culturel, outre l’ouverture future du musée de la Confluence, on constate la réhabilitation des anciens bâtiments industriels du port Rambaud, pour y installer des galeries d’art. De même, des entrepôts de l’ancien Marché d’intérêt national ont été reconvertis en une salle de concert : le “Marché Gare”. Au niveau de la fonction récréative, le projet d’un centre de loisirs a finalement été remplacé par un grand centre commercial. Néanmoins, celui-ci contribue en théorie à renforcer la centralité du quartier, puisqu’il vise à attirer des clients venant de toute la ville de Lyon. Enfin, la fonction économique doit également bien être représentée : l’exigence de mixité fonctionnelle fait que les îlots sont partagés entre l’habitat et les bureaux.

On voit donc que, malgré leurs différences (la Part-Dieu est un centre d’affaires et Confluence, un centre-ville axé sur la fonction résidentielle), ces deux centres possèdent des caractéristiques communes puisqu’ils visent tous deux à insérer les autres fonctions à leur fonction première : Confluence abrite des activités économiques et des bureaux ; la Part-Dieu souhaite accentuer sa fonction résidentielle. Enfin, tous deux abritent des fonctions liés au pouvoir politique : le siège de la région Rhône-Alpes est situé à Confluence et à la Part-Dieu, on trouve une cité administrative, avec le centre des impôts, ou encore la direction régionale de l’équipement.

Enfin, qui dit centralité, dit accessibilité. Les deux quartiers sont, ou ont vocation à être connectés au reste de la ville. Le projet Confluence prévoit de poursuivre la ligne T2 du Tramway vers le Sud de Gerland, en construisant un nouveau pont au-dessus du Rhône. Il s’agit aussi, nous le verrons plus loin, de briser la barrière que constitue la gare Perrache. La Part-Dieu est un vrai nœud d’échange : grande gare TGV, elle est aussi parcourue par de nombreuse lignes de tramway et de bus, ainsi que la navette menant à l’aéroport Saint-Exupéry. Seul bémol : aucune ligne de métro ne relie directement la Part-Dieu au centre-ville historique, sur la presqu’île ; un changement est nécessaire pour aller de la gare à la place Bellecourt.

Deux portes d’entrée, deux lieux symboliques pour Lyon

La centralité de ces deux espaces s’exprime également à une échelle supérieure à celle de l’agglomération lyonnaise. Ils ont tous les deux des “portes d’entrées “ sur la ville et ont par là une fonction ostentatoire. Il s’agit de montrer la ville, de faire sa publicité vers l’extérieur, de marquer le visiteur qui arrive.

La gare de la Part Dieu est la principale gare TGV de Lyon, la principale liaison de la ville avec l’extérieur. Ainsi, le quartier de la Part-Dieu est-il ce que le voyageur qui arrive par le rail voit de Lyon en premier. L’urbanisme de gratte-ciels doit symboliser la puissance économique de la ville, et rappeler le paysage des plus grands centre d’affaires européens. Le maire Gérard Collomb a même fait part de son intention de créer une “skyline”, c’est-à-dire un alignement de buildings créant un paysage urbain reconnaissable rapidement, une icône reproductible sur les brochures et les sites internet, et diffusable à grande échelle. Il s’agirait, depuis la colline de Fourvière, à l’Ouest, d’avoir la cime des buildings dans la perspective des montagnes alpines, visibles par temps clair.

Confluence est également le premier quartier de Lyon que l’automobiliste rencontre lorsqu’il arrive à Lyon par l’A7 depuis le Sud. Le monumental musée de la Confluence, situé juste à l’endroit où les deux rivières se rencontrent, est véritablement un projet phare (flagship project) destiné à marquer le visiteur. A l’intérieur du quartier, la première phase du projet est clairement destinée à créer une image de marque pour le quartier à l’échelle de l’agglomération, et une image de marque pour Lyon à l’échelle européenne. Les premiers immeubles construits sont tous recherchés architecturalement, comme l’hôtel de région, conçu par Christian de Portzamparc ou encore l’immeuble appelé le “Monolithe”. De plus, l’aménagement du Rhône suit le modèle du waterfront, déjà éprouvé à Glasgow, Bordeaux ou Nantes : la régénération classique des fronts de rivières, alors laissés en friches, en promenades et espaces verts.

 

Légende : l’hôtel de région de Christian de Portzamparc (photo personnelle)

 

Légende : La “Skyline” de Lyon : de droite à gauche, la tour Part-Dieu (ou tour “crayon”), la tour Oxygène et la tour Swiss Life (source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tour_Part-Dieu)