Dessiner le monde : une exploration des imaginaires cartographiques

Journée d’études organisée par Robin Beaumont, élève au département de géographie.

Présentation

« Sur cet immense tableau d’une nuit céruléenne, la rêverie mathématique a écrit des épures. Elles sont toutes fausses, délicieusement fausses, ces constellations ! Elles unissent, dans une même figure, des astres totalement étrangers. Entre des points réels, entre des étoiles isolées comme des diamants solitaires, le rêve constellant tire des lignes imaginaires. »

 Dans cet extrait fameux de L’air et les songes, Gaston Bachelard fait de la nuit étoilée un lieu de création. Contempler la vertigineuse infinité du monde et y tracer des figures qui relient ses éléments isolés selon le désir du regard, telle est l’activité humaine dans sa plus pure expression.

D’une telle phénoménologie du ciel nocturne, le géographe a beaucoup à dire, lui qui tente de comprendre l’individu et les sociétés dans leurs relations à un monde très largement construit par leurs représentations. Le « pouvoir constellant » dont parle Bachelard est en réalité le cœur même de l’étude géographique : c’est lui qui permet d’appréhender la façon dont l’homme se définit par rapport aux êtres qui l’entourent. Par les choix qui président à sa conception, la carte reflète une vision du monde. Dans le même temps, elle tente de convertir son public à ce regard, de modeler ses propres représentations, ce qui la rend d’ailleurs toujours éminemment suspecte.
Dans cette perspective, la carte devient l’objet essentiel de la formation et de la revendication d’une identité : ramenant la question du « Qui suis-je ? » à un « Où suis-je » existentiel, elle renvoie l’homme à sa condition d’être situé. A la fois expression et vecteur de l’affirmation de soi, elle transcende la simple approche géographique pour s’imposer comme un instrument commun à l’ensemble des sciences humaines.

Prenant acte de cette transdisciplinarité de l’outil cartographique, nous voudrions l’interroger au regard des représentations les moins fiables, les plus improbables qui soient : celles des mondes imaginaires que la littérature, mais également la philosophie et même la politique ont inventés. Parce qu’elle offre dans un seul et même mouvement tout un univers sur un bout de papier, la carte invite en effet également à la rêverie : elle suggère l’existence d’univers secrets, dont elle se fait le sésame : pas seulement très lointains, mais même virtuellement possibles, voire entièrement fictifs ou symboliques, et supposés aider l’homme à mieux se situer dans sa quête de sens.

Comment penser le rapport entre la carte et les imaginaires qu’elle suscite et nourrit ? Dans quelle mesure un système de pensée est-il tributaire de la cosmographie dominante du contexte d’où il émerge ? Le travail des sciences sociales ne consisterait-il pas ainsi à dévoiler la cartographie sous-jacente à toute production humaine ? De quelles façons les hommes ont-ils pu utiliser la carte comme instrument politique et idéologique ? Autant de questions auxquelles seule une mise en commun des regards scientifiques est à même d’apporter une réponse. L’ambition de cette journée d’étude expérimentale sera ainsi d’essayer de comprendre comment la « déterritorialisation » d’un objet scientifique hors de sa discipline mère peut en faire un concept pertinent pour d’autres champs du savoir, qu’il contribue à enrichir et à complexifier ;

Interventions

Les interventions sont téléchargeables depuis le site de l’ENS, rubrique savoirs en multimédia ou directement en cliquant sur les liens.

Pour télécharger la présentation cliquer ici et pour le programme, ici.