Conclusion

Visiter Le Havre permet ainsi de voir différents types de patrimoine et oblige à faire un retour sur l’histoire de la ville. En effet, toute l’histoire du Havre par la destruction et la reconstruction que la ville a connues nous pousse à voir cette ville comme un cas révélateur des logiques patrimoniales sous-jacentes à toute mise en patrimoine. La destruction de son patrimoine, lui permettant la construction d’un nouveau patrimoine, témoin tout à la fois d’un « moment » de l’architecture et de l’incarnation d’un certain type de mémoire lié au traumatisme de la Seconde Guerre mondiale.

On peut donc observer au Havre des « patrimoines », soit différentes réalités auxquelles ce nom est conféré dont le dénominateur commun d’abord difficilement perceptible se révèle être une « grammaire international du patrimoine » (Pérouse, 2007) qui s’instaure aujourd’hui. Ce recensement des différents types de patrimoine au Havre permet d’étudier le processus de sélection que suppose tout processus de patrimonialisation. La mise en patrimoine signifie toujours en effet une sélection d’un certain patrimoine par certains acteurs au détriment d’un autre et conduit ainsi à s’interroger sur les rapports qu’entretiennent populations et groupes sociaux au patrimoine choisi et valorisé par des acteurs, dans ce cas exogènes. C’est parce qu’il y a sélection qu’il peut y avoir oubli, oubli de certains patrimoines mais aussi oubli des référents identitaires de certaines populations.

Le cas du Havre par le caractère récent et exceptionnel de la mise en patrimoine de son centre-ville notamment paraît emblématique des évolutions sémantiques actuelles de la notion de patrimoine comme des occultations,en particulier spatiales, que toute mise en avant d’un type de patrimoine particulier par certains acteurs peut provoquer. L’objet patrimoine et ses multiples formes dans la cas du Havre interroge ainsi les évolutions présentes et futures de la notion, sur les nouvelles formes de patrimoine qui pourraient apparaître. Il se présente aussi comme la preuve même de la possibilité pour des acteurs (acteurs politiques, groupes sociaux ou associations), de revendiquer une sorte de droit au patrimoine fondé sur ce renouvellement de la notion.