Conclusion

La question de « l’art de faire la ville », envisagée à travers le terrain lyonnais, correspond en définitive à l’interrogation sur le rôle que peut jouer l’art dans l’aménagement urbain à l’heure de la métropolisation. La rencontre entre enjeux artistiques et enjeux urbains est le produit d’une double dynamique : d’une part l’évolution de l’art lui-même, qui sort du musée et vient investir l’espace géographique, notamment celui de la ville ; d’autre part l’évolution de la métropole, qui à l’ère post-industrielle se veut innovante et créative et non plus seulement productive. Ces deux aspirations peuvent donner lieu à une complémentarité entre artistes et aménageurs, mais aussi à des rapports plus ambigus de coexistence ou de concurrence.

Le cas du Plan Lumière et de la Fête des Lumières montrent comment la ville de Lyon s’empare de l’art comme manière de mettre en scène et en événement la métropole, de lui donner une visibilité et un rayonnement, tant au sens abstrait qu’au sens concret. L’art est alors privilégié comme moyen de faire la ville car il crée de l’image, et devient en cela un levier majeur du marketing territorial.

L’idée que l’art puisse être un vecteur de requalification urbaine fait également partie du discours des acteurs de l’aménagement urbain, mais les résultats mitigés auxquels les politiques publiques en ce sens donnent lieu révèlent des enjeux plus complexes. Les projets « 8e Art » et « Prenez Racine ! » font apparaître la difficulté de l’articulation entre discours aménagiste (forme de pensée magique selon laquelle l’art créerait automatiquement du lien social), projet esthétique des artistes qui créent de l’art public, et réception et appropriation de cette œuvre par les habitants visés.

Enfin, les actions artistiques alternatives pour la ville et ses habitants qui ne sont pas pilotées par les acteurs publics posent la question de la possibilité d’un aménagement informel par l’art. Le cas de la Friche Lamartine met en évidence la plus grande adéquation aux populations et aux réalités locales permise par cette démarche, mais aussi les moindres possibilités d’un projet cohérent à petite échelle et sur le long terme. Il est aussi révélateur de la dépendance des activités off vis-à-vis des logiques du in qui cherchent toujours à le ressaisir à des fins d’image de marque.

Si le cas lyonnais se prête particulièrement à cette problématique, c’est d’abord par l’image exemplaire que cherche à se donner cette ville au second rang de l’armature urbaine française, résolument engagée dans la métropolisation. La réussite institutionnelle qu’est le Grand Lyon s’accompagne en effet d’un discours de valorisation qui cherche son expression plastique dans l’art, censé articuler enjeu d’attractivité et enjeu de cohésion sociale en un « art de faire la ville à la lyonnaise ». Cependant, on ne peut pas dire que Lyon se pense comme une métropole artistique et culturelle, notamment si on compare, dans le contexte français, avec le cas de Nantes. C’est peut-être aussi pour cette raison qu’un art de faire la ville non institutionnalisé, qui se fait dans les interstices, peut plus facilement se développer, et poser éventuellement problème aux pouvoirs publics.