Conclusion

La protection des Calanques de Marseille est prise dans un certain nombre de paradoxes. Née de l’inquiétude des élites urbaines face à l’industrialisation de la zone, elle devient un moyen pour celles-ci de s’approprier un lieu, et donc lie très fortement protection et appropriation de l’espace par les populations à des fins de loisirs. Néanmoins, cette démarche peut nuire à l’efficacité de la protection, car elle suppose la présence de nombreux acteurs de la société civile, à l’origine de la protection, et celle, sur le terrain, de beaucoup de visiteurs, qui voient dans cet espace une fonction patrimoniale et identitaire. L’aspect esthétique semble donc privilégié au respect de la diversité biologique du lieu.

En cela, la création du Parc National marquerait une étape importante, dans la mesure où il permettrait la naissance d’une institution forte, née du paradigme radical de protection, et capable d’imposer ses décisions face à des acteurs aux objectifs parfois contradictoires entre eux. Mais l’organisme chargé de rendre réalisable ce projet de Parc et d’en fixer les limites dans le sein d’une charte est le GIP, structure temporaire faite de la réunion de ces différents acteurs. Elle a donc un pouvoir de coercition très faible, et rencontre des difficultés pour aboutir à un consensus sur le futur Parc, notamment parce que les différents acteurs impliqués, outre les différentes visions qu’ils peuvent avoir du projet, n’ont peut-être parfois tout simplement pas intérêt à sa concrétisation, du fait des multiples conflits d’usages et de représentations de l’espace.

Si cette situation est critiquable, elle n’en est pas moins commune à toute démarche de protection guidée par le paradigme intégrateur. Surtout, elle est spécifique à la logique qui a prévalu dans les Calanques de Marseille, logique peut-être aujourd’hui contestable par son efficacité, mais qui a néanmoins le mérite d’être très ancienne, et d’avoir permis de sauvegarder sur le long terme un espace si exceptionnel en bordure immédiate de la seconde agglomération de France. Elle a donc su s’adapter aux contraintes et aux enjeux divers qui se sont succédé.