Archives 2008-2009

Responsables  : Philippe Sanmarco, Géraldine Djament-Tran

Discutant  : Boris Grésillon


Descriptif du séminaire

La relation entre la culture et les métropoles interpelle de plus en plus les géographes, les historiens et les acteurs publics. Le séminaire « Politiques culturelles et enjeux urbains » cherche à comprendre pourquoi et comment la culture, définie comme l’ensemble des productions idéelles et notamment esthétiques d’une société, s’affirme comme un levier important du dynamisme urbain, tant urbanistique que social et économique, dans le contexte de la métropolisation, traduction urbaine de la mondialisation.

Il s’agira tout d’abord de cerner la présence multiforme de la culture dans les villes, qui confère à certaines, comme Berlin étudiée par Boris Grésillon, le statut de métropoles culturelles, et d’analyser la mise en réseau et en concurrence de ces villes mondiales, qui ne sont pas nécessairement des villes globales, comme l’a souligné Cynthia Ghorra-Gobin. Le rôle des politiques publiques et des gouvernements métropolitains s’affirme dans la production de la centralité culturelle (qui inclut désormais les « arts numériques »), comme en témoigne le programme de recherche interministériel « Culture, villes et dynamiques sociales » dans lequel se sont impliqués le PUCA et ses experts, en particulier Paul Boino, spécialiste du cas lyonnais.

Le cas des capitales européennes de la culture, lancées en 1985 par l’UE, montrera comment la culture est mise au service de l’attractivité des territoires. La candidature marseillaise pour 2013, présentée par son directeur Bernard Latarjet, sera confrontée à l’expérience lilloise décryptée par Marie-Thérèse Grégoris. Cette dernière analysera également l’intégration de la politique patrimoniale à la politique d’agglomération, permettant de s’interroger sur la place de la culture dans la gouvernance métropolitaine.

Le renouvellement urbain constitue un des grands problèmes actuels de gestion urbaine d’autant que la désindustrialisation conduit à la reconversion fonctionnelle de métropoles qui investissent dans le secteur culturel, sur le modèle de Bilbao désormais associée au musée Guggenheim. Le séminaire confrontera différents exemples de réhabilitation/rénovation/requalification, du Centre Pompidou de Metz présenté par Edith Fagnoni aux espaces centraux historiques de Gênes, Valparaiso et Liverpool comparés dans la thèse de Sébastien Jacquot (2007) et aux shrinking cities, que Daniel Florentin illustrera par l’analyse du cas de Leipzig.

Ces politiques redéfinissent également le rapport au passé des métropoles. L’analyse des rapports entre politiques culturelles et enjeux urbains nécessite donc d’emboîter les échelles temporelles et de remonter à l’époque moderne, marquée par la constitution de capitales culturelles, que retrace le collectif d’historiens réunis autour de Christophe Charle et de Daniel Roche. En particulier, Stéphane van Damme montre comment est gouverné le passé métropolitain à Paris et à Londres du XVIIIe au XIXe siècle à travers l’étude de l’archéologie urbaine et des musées de ville.

L’examen de ce thème implique également un changement d’échelle spatiale : le patrimoine, traditionnellement pensé aux niveaux local et national conformément au paradigme des lieux de mémoire, est aujourd’hui géré de plus en plus aux échelles européenne et mondiale. En témoigne l’expérience d’Yves Dauge, sénateur, Conseiller spécial auprès du Centre du patrimoine mondial de l’UNESCO qui a développé un projet de coopération décentralisée entre Chinon et Luang-Prabang.

La thématique du rapport au passé soulève en outre la question des héritages coloniaux et du rôle des diasporas dans des métropoles multiculturelles. Le séminaire cherchera à préciser les liens qu’entretiennent renouvellement urbain et géopolitique des rapports nord-sud, que ce soit au sein des quartiers faisant l’objet de rénovation, souvent marqués par la présence de communautés immigrées, ou dans l’optique d’affirmer le rayonnement international de la cité.

Ce dernier se révèle indissociable de l’économie de la culture qui s’affirme dans les métropoles et dont il conviendra d’analyser les lieux, les pratiques et les fonctions. L’art, l’économie et la culture interfèrent étroitement, comme le montre Charles Ambrosino à partir du cas londonien. D’anciens quartiers dégradés, comme la Friche Belle de Mai à Marseille, réhabilitée sous la direction de Philippe Foulquié, deviennent des moteurs du dynamisme urbain.

À côté des grands équipements culturels dont Françoise Lucchini a étudié la localisation, les interventions artistiques urbaines s’amplifient au travers des commandes publiques tandis que de « nouveaux territoires de l’art » identifiés par Fabrice Lextrait émergent et que les espaces publics sont investis de nouveaux enjeux esthétiques analysés par Catherine Grout. A partir des écoles d’art une génération d’artistes- enseignants ouvre les champs d’investigation de l’art contemporain à l’architecture, au design, à la production d’objets industriels qui participent à la scénographie urbaine ou à la mise en lumière évènementielle. Réciproquement, la cité est fréquemment représentée et/ou déconstruite dans l’art contemporain. Des designers, comme Marc Aurel, apportent également leur contribution en acte à la production de la culture urbaine.

Compte-rendus de séances et présentations des intervenants


Opéra, Pékin.